Le blog de Petite Pépée

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Toi ( 4 )

Un  soir,  nous nous sommes violemment disputés parce que je refusais de me regarder dans le miroir. A ce moment de ma vie je ne pouvais affronter le reflet de ce que je supposais être ma laideur mais au lieu de prendre mon refus de m'affronter en face pour un complexe, tu as supposé que j'évitais d'affronter le souvenir d'une faute cachée.

 

- Qu'est-ce que tu as fait pour ne pas pouvoir te regarder en face ?, me disais-tu. Tu te mettais alors dans mon dos et de tes deux mains tu agrippais le haut de ma tête pour me caler devant le miroir.

- Regarde -toiiiii !

 

Et comme je ne pouvais pas répondre, je te répondais en fermant les yeux. Cela te rendait fou. J'étais dans l'incapacité totale de me regarder, à ce moment l'image que tu me renvoyais de moi était mon seul miroir, et cela me suffisait. Dommage que je n'ai pu te l'expliquer. C'est que moi-même je ne m'en rendais pas compte. Il m'aura fallu toutes ces années de séparation pour comprendre que je refusais de vivre par moi-même et que je préférais m'en référer à toi, m'aliéner à ton regard. Pendant que nous étions ensemble, au fil des années, j'ai  petit à petit perdu mon point de vue sur le monde, et il me semblait que tout ce que je voyais je le voyais à travers tes yeux. Je n'arrivais plus à me défaire de ce regard que tu portais sur le monde et en particulier sur les femmes. En voyant le monde par tes yeux  il me semblait avoir le regard universel, c'est-à-dire celui de l'Homme au sens au fort du terme, celui qui porte une queue et qui décide, je veux dire l'Homme au sens de tous ceux qui nous ont précédé en leur qualité d'hommes : la lignée à l'envers de tous nos patriarches jusqu'au très décrié " Ben Laden ".  Je me mis donc à juger le physique des femmes mais aussi la manière qu'elles avaient de s'exposer sur les affiches publicitaires, à la télévision, je jugeais aussi toutes celles que je voyais dans la rue. Je me mis donc, plus qu'à comprendre ta haine des femmes, à l'éprouver moi aussi, et cette haine me faisait peur. Aliénée ainsi volontairement à ton regard, réussissant à voir par tes yeux, j'espérais je crois échapper à la règle, j'espérais en étant d'accord avec toi que tu m'aimerais en tant que femme puisque j'étais une femme qui se détestait. Mais cette opération de l'esprit était peine perdue, oui, elle n'a servie qu'à nous perdre un peu plus tous les deux.

 

S'il est possible de vivre l'aberration d'être une femme en les détestant toutes, il est impossible d'être une femme et d'échapper à son corps, et ce corps tu l'aimais autant que tu le haïssais. Pour nous deux mon corps était une tentation sortie tout droit du champs d'Eden, il était ce qui nous reliait mais aussi ce qui nous séparait inexorablement. Il était l' objet de toutes les folies et de toutes les haines. Dans notre histoire mon corps était en trop mais il était le seul biais par lequel nous pouvions nous rapprocher l'un de l'autre. Aussi mon corps était l'objet de ma scission interne, et cela expliquait pourquoi il m'était impossible de me regarder dans le miroir. Lorsque je me voyais je cessais de me voir, mon identité  propre se dérobait à moi pour me laisser une femme sans identité, une femme parmi d'autres qui n'était qu'une femme, un objet à juger, et cette femme était pâle, elle n'avait pas l'air d'aller très bien. Le regard ébahi, absent et malheureux, elle me regardait sans que je puisse lui tendre la main. Lorsque je me voyais j'avais l'impression de ne plus avoir d'ombre et donc je fermais les yeux pour me recentrer sur l'intégrité physique de mon corps, pour essayer d'avoir la sensation d'exister. 

 

- Qu'est-ce que tu as fait pour ne pas pouvoir te regarder en face !

 

Je n'avais rien fait, enfin pas moi à proprement parler, mais au fond j'étais une femme et c'était horrible. Voir une femme à travers les yeux d'un homme, les tiens mais aussi toute une foule d'homme dont mon père, c'est terrible.

 

Ce soir-là tu n'as pas réussi à me faire regarder dans la glace, enfin pas longtemps, juste le temps que je saisisse mon point de fuite vers l'abîme, ensuite je t'ai demandé de m'emmener loin, très loin, je voulais dire très loin de mon corps mais tu ne l'a pas compris ou à moitié : ce soir là tu m'as donné deux petite pilules effervescentes que je pouvais soit diluer dans de l'eau ou bien avaler tout de suite comme on plonge tête la première et j'ai choisi la première solution. Lentement je voyais les petites pilules se désintégrer dans l'eau en criant le petit bruit effervescents  de leur mort, comme le bruit de l'eau qui bouillerait à l'envers. J'ai ensuite tout avalé d'un trait, et nous sommes partis en voiture.

 

Dans la voiture  je commençais d'être bien, bercée par tes pilules, par l'odeur douce de ton joint et par la musique que tu mettais. Nous avons longtemps roulé dans la ville puis tu as décidé de prendre l'autoroute et de rouler; rouler. En entendant  le morceau de rap " demain c'est loin " on peut dire que je planais. Tu me regardais doucement, en souriant, j'étais la plus belle, la plus aimée, la plus femme. J'étais bien. Ce soir-là tu m'as emmené très loin.

 

***

Ensuite tu as fait revenir la voiture sur nos pas, tu t'es arrêté dans un petit cul de sac, une petite voie sans issue près d'un car wash nommé L'éléphant bleu où nous avons écouter Mylène Farmer nous chanter qu'elle était un garçon, puis qu'elle était libertine, c'était une catin. Mylène Farmer semblait tout chanter de notre histoire, c'était une chanteuse qui nous mettait d'accord. Tu as agrippé mes cheveux et par mon visage tu m'as attiré vers ta braguette, que j'ai ouverte tout de suite. Tu as baissé ton slip et j'ai jeté ma bouche sur ton beau sexe circoncis, sans odeur... Je me souviens bien que j'aimais beaucoup te sucer, que j'aimais sentir ton sexe grandir dans ma bouche, ton gland à nu et rêche se frotter contre mes joues. J'aimais beaucoup cela, avoir ta queue dans ma bouche me comblait,  je crois que je me sentais biberonnée par ton sexe et par ta main à la fois douce et violente dans mes cheveux, contrôlant mon crâne ou mon cou que tu dirigeais. Par une simple pression tu m'indiquait combien  ma bouche devait engloutir ton sexe jusqu'à la  gorge, quelques secondes seulement où je me retenais de respirer. Je me sentais aimée comme jamais dès qu'il s'agissait de moi et de ton sexe, et d'ailleurs tu le savais bien : lorsque je t'ai quitté pour la dernière fois tu m'as dit : " Ce que tu as connu avec moi tu ne le connaîtra jamais plus ". Cette phrase, tu me l'avais dite cent fois avant notre rupture finale, avec d'autres mots, sur tous les tons, en parlant d'autres femmes et d'autres hommes mais qu'importe ;  tu t'adressais toujours à moi en parlant des femmes et tu parlais toujours de toi en parlant des hommes.

 

Ensuite je me suis assise sur toi, tes mains empoignaient mes hanches, mon dos se frottait contre le volant et ça me faisait mal alors tu t'es penché, tu as pris un petit coussin que tu as pris soin de placer entre ton volant et moi, je me sentais si bien, je me disais que je t'aimais. Après que tu sois venu en mon moi je t'ai demandé de rester assise sur toi, je trouvais cela romantique, nous avons fumé une cigarette ensemble ainsi, dans l'illusion de la passion charnelle refroidie. Puis nous sommes rentrés chez nous, enfin chez ce qui est un semblant de chez nous, fuyant le petit jour. Tous les deux nous détestions le petit jour. 

 



04/09/2015
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